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Mariage pour tous : la loi de 2013 qui ouvre le mariage et l’adoption aux couples de même sexe

Élise-Armel Caillavet 8 min de lecture

Le mariage pour tous désigne l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe en France. La réforme repose sur la loi n°2013-404 du 17 mai 2013, qui a aussi ouvert l’adoption aux couples homosexuels mariés. Elle s’inscrit dans une évolution plus longue du droit français, après le PACS de 1999 et plusieurs années de débats politiques, judiciaires et sociaux.

Ce que dit la loi du 17 mai 2013

La loi n°2013-404 du 17 mai 2013 ouvre le mariage aux couples de personnes de même sexe. Deux femmes ou deux hommes peuvent donc se marier devant un officier de l’état civil, avec les mêmes effets juridiques qu’un couple composé d’un homme et d’une femme. Le texte modifie le cadre du mariage civil sans créer un régime séparé.

La réforme est souvent associée au nom de Christiane Taubira, alors garde des Sceaux, qui l’a défendue au Parlement. Le projet de loi a été déposé le 7 novembre 2012, définitivement adopté le 23 avril 2013, puis promulgué le 17 mai 2013. Le premier mariage homosexuel reconnu en France a été célébré le 29 mai 2013 à Montpellier.

Mariage, PACS et concubinage : des statuts différents

Le mariage pour tous n’a pas remplacé le PACS, il a ajouté une possibilité. Le pacte civil de solidarité, institué par la loi du 15 novembre 1999, reconnaissait déjà légalement les couples de même sexe, mais avec des effets plus limités que le mariage, notamment sur la filiation et l’adoption. Le mariage reste le statut le plus protecteur, avec un cadre plus complet pour la vie commune.

Statut Reconnaissance du couple Adoption Cadre juridique
Concubinage Union de fait Pas d’adoption conjointe liée au concubinage Souple, peu protecteur
PACS Contrat civil Pas d’adoption conjointe en tant que couple pacsé Intermédiaire entre concubinage et mariage
Mariage Union civile complète Adoption ouverte aux couples mariés, y compris de même sexe Statut le plus protecteur

Les étapes qui ont préparé la réforme

L’ouverture du mariage aux couples homosexuels ne surgit pas en 2013 sans histoire. Elle s’inscrit dans une évolution du droit français et européen autour de l’homosexualité, du couple et de la famille. Plusieurs jalons ont préparé le terrain, parfois bien avant le débat parlementaire de 2012-2013.

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Tout savoir sur le mariage pour tous en France : Découvrez l’histoire, les étapes législatives et les détails de la loi de 2013 autorisant le mariage entre personnes de même sexe.

De la dépénalisation au PACS

La France ne pénalise plus les relations homosexuelles depuis la période révolutionnaire. Le Code pénal de 1791 ne reprend pas l’ancien crime de sodomie, et le Code pénal de 1810 confirme cette absence. Plus tard, le 27 juillet 1982, la France adopte une loi abolissant l’article 331 alinéa 2, promulguée le 4 août 1982, qui maintenait une différence de traitement selon l’orientation sexuelle.

Autre jalon important : le 17 mai 1990, l’OMS retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales dans la CIM-10. En France, le PACS de 1999 constitue ensuite une étape décisive. Pour la première fois, des couples de même sexe peuvent organiser juridiquement leur vie commune dans un cadre national, même si ce cadre reste plus limité que celui du mariage.

Bègles, Minvielle et le Conseil constitutionnel

Le 5 juin 2004, Noël Mamère, maire de Bègles, célèbre le mariage de deux hommes. Le tribunal de grande instance de Bordeaux annule ce mariage le 27 juillet 2004, une décision confirmée par la cour d’appel de Bordeaux le 19 avril 2005, puis par la Cour de cassation le 13 mars 2007. L’affaire donne une forte visibilité à la revendication du mariage entre personnes de même sexe.

En 2008, l’affaire Frédéric Minvielle illustre les difficultés liées aux mariages homosexuels célébrés à l’étranger, notamment en matière de nationalité. Puis, le 16 novembre 2010, une question prioritaire de constitutionnalité porte sur les articles 75 et 144 du Code civil. En 2011, le Conseil constitutionnel juge que la Constitution n’impose pas l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, mais ne l’interdit pas non plus. La décision revient donc au législateur.

Un débat politique et sociétal majeur

La réforme de 2013 a suscité un débat politique et social. Ses partisans mettaient en avant l’égalité des droits, la reconnaissance des familles homoparentales et la fin d’une distinction juridique fondée sur l’orientation sexuelle. Ses opposants invoquaient surtout une conception traditionnelle de la filiation et du mariage.

Le débat ne portait pas seulement sur le mot « mariage ». Il touchait aussi à la place de l’enfant, à l’adoption, au rôle de l’état civil et à la frontière entre conviction personnelle, tradition religieuse et droit commun. C’est l’une des raisons pour lesquelles la discussion parlementaire a pris une dimension nationale, bien au-delà d’un ajustement technique du Code civil.

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Pour comprendre cette controverse, il faut aussi regarder ce que la loi règle, et ce qu’elle ne règle pas. Elle ouvre le mariage civil et l’adoption aux couples mariés de même sexe. En revanche, elle ne modifie pas le mariage religieux, ne contraint aucun culte à célébrer une union, et ne répond pas à toutes les questions de filiation qui émergeront ensuite, notamment autour de la PMA. En France, le mariage reconnu par l’État reste d’abord un acte civil, célébré en mairie, qui produit des effets juridiques pour les époux et leur famille.

Ce que la loi change concrètement pour les couples

Depuis 2013, un couple de même sexe peut se marier dans les mêmes conditions civiles qu’un autre couple : constitution d’un dossier en mairie, publication des bans, célébration par un officier de l’état civil et inscription dans les registres. Les droits et devoirs des époux sont les mêmes : assistance, fidélité, communauté de vie, solidarité pour certaines dettes du ménage, protection du conjoint survivant et cadre patrimonial du mariage.

L’adoption et la filiation

L’un des apports centraux de la loi est l’ouverture de l’adoption aux couples mariés de même sexe. Avant 2013, un couple homosexuel ne pouvait pas adopter conjointement en tant que couple marié, puisque le mariage lui-même n’était pas ouvert. La réforme rend possible l’adoption conjointe et l’adoption de l’enfant du conjoint, dans le cadre prévu par le droit commun.

La question de la filiation n’a toutefois pas été entièrement close par la loi de 2013. Une autre étape intervient avec la loi relative à la bioéthique du 2 août 2021, qui élargit l’accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes non mariées. Cette évolution montre que le mariage pour tous a été une réforme centrale, mais que les débats sur l’égalité familiale ont continué après 2013.

Les chiffres des mariages entre personnes de même sexe

Les statistiques permettent de mesurer l’installation progressive de cette réforme dans les pratiques sociales. En 2024, 247 000 mariages ont été célébrés en France, dont 7 000 entre personnes de même sexe, soit 2,83 % de l’ensemble des mariages. Ce chiffre montre que le mariage pour tous s’est inscrit dans les usages, sans bouleverser la structure générale des unions célébrées chaque année.

Les travaux de l’INED sur la période 2013-2017 apportent aussi des éléments précis sur le profil des couples mariés. En 2013, environ 40 % des mariages homosexuels concernaient des couples de femmes. En 2017, les couples de femmes dépassent les couples d’hommes parmi les mariages de même sexe. Les couples gays se marient aussi à des âges plus avancés que les couples hétérosexuels.

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Localisation, binationalité et parcours conjugaux

L’INED observe une forte concentration géographique chez les couples d’hommes : 28 % résident en Île-de-France, contre 16 % des couples de femmes et 19 % des couples hétérosexuels. Les couples binationaux sont également moins fréquents chez les couples de femmes : 5 %, contre 16 % chez les couples d’hommes et 14 % chez les couples hétérosexuels. Ces écarts dessinent des profils de mariage différents selon le sexe des conjoints.

Les parcours conjugaux sont variés. Selon les données de l’INED, 20 % des femmes et 18 % des hommes engagés dans un mariage avec une personne du même sexe avaient déjà été mariés auparavant. L’institut relève aussi un pic de mariages homosexuels en avril 2017, avant l’élection présidentielle, ce qui laisse voir l’effet possible du calendrier politique sur certains choix de formalisation du couple.

La France dans le mouvement international

La France n’a pas été le premier pays à ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Les Pays-Bas l’ont fait le 1er avril 2001, suivis notamment par la Belgique et l’Espagne. À l’échelle européenne, la Cour européenne des droits de l’Homme a joué un rôle de cadrage : dans l’arrêt Schalk et Kopf c. Autriche du 24 juin 2010, elle n’impose pas aux États d’ouvrir le mariage homosexuel au titre de l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’Homme.

La légalisation française résulte donc d’un choix politique national, rendu possible par le droit, mais non dicté par une obligation européenne directe à cette date. C’est ce qui explique l’importance du débat parlementaire de 2012-2013 : le mariage pour tous est à la fois une réforme juridique, un marqueur civique et une évolution durable du droit de la famille en France.

Élise-Armel Caillavet

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